Comment pouvez-vous avec un esprit si éclairé vous imaginer, vous flatter, que me trouvant femme, vous cesseriez de m'aimer ? Croyez-vous qu'après votre découverte ce que vous appelez mes charmes et dont vous dîtes être devenu amoureux, disparaîtraient ? Sachez qu'ils augmenteraient peut-être de force, et que pour lors votre feu devenu brutal adopterait tous les moyens que votre esprit amoureux inventerait pour se calmer. Vous parviendriez à vous persuader de pouvoir me métamorphoser en homme, ou vous figurant de pouvoir devenir homme vous-même, vous voudriez que je vous traitasse comme telle. Votre raison séduite par votre passion ferait des sophismes sans nombre. Vous diriez que votre amour pour moi, fille, est plus raisonnable qu'il ne le serait si j'étais homme, car vous vous aviseriez de trouver sa source dans la plus pure amitié ; et vous ne manqueriez pas de m'alléguer des exemples de pareilles extravagances. Vous parviendriez enfin à me menacer de la mort, si je vous défendais de pénétrer dans un temple inviolable, dont la porte ne fut faite par la sage nature que pour être ouverte qu'en sortant.